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dimanche 27 mai 2012
Life and Art of David Fincher: juste un jeu...
Suivant Se7en, Fincher est auréolé de gloire et s'empare rapidement d'un nouveau film pour profiter de son moment. Il a deux projets en route, le premier est The Game, un nouveau thriller. Le second est un gros produit, qui va nécessité du temps, l'adaptation d'un roman sur des club de boxe clandestins et un projectionniste anarchiste...
The Game est produit par Polygram, qui possède Propaganda qui a récupéré le projet à la MGM et qui semblait décidé à en faire l'un de ses grands films de lancement. Hélas, la malédiction a pesé lourd sur le succès du film. La première a lieu au même moment où la princesse Diana meurt et les photographes boudent la promo. Le film est mal-aimé, même si la critique est dans l'ensemble tolérante. Le film sort timidement et sera un échec lourd pour les producteurs. Polygram ne survivra d'ailleurs pas longtemps à ces bides à répétition, et coulera en 1999, son catalogue redistribué entre différents studios co-producteurs, notamment et surtout Universal.
Il est aussi le premier film produit par Cean Chaffin, qui deviendra la productrice de tous les films suivant de Fincher et sa compagne dans la vie. C'est, dans une moindre mesure, également la première collaboration de Fincher avec Harris Savides avec lequel Fincher tournera Zodiac et L'étrange histoire de Benjamin Button. On notera également le seconde présence à la musique d'Howard Shore (et sa meilleure BO) pour Fincher.
The Game, c'est l'histoire de Nicholas Von Orton, l'aîné d'une riche famille qui, au jour de son anniversaire, reçoit de son frère, sa seule famille, une carte l'invitant à participer à un jeu. Von Orton, plongé dans une vie de travail et de solitude, dans la grande maison familiale, celle où son père s'est donné la mort et où toute joie a disparu, décide de participer. Mais très vite, le jeu de rôle s'empare de sa vie et l'amène à la ruine.
L'amour de Fincher pour l'Arnaque de George Roy Hill a sans doute joué dans sa décision de mettre en scène le film, un jeu pour le metteur en scène, qui dirige, comme la CRS, la destinée du héros et la vision qu'en a le spectateur. Une réflexion ludique sur le cinéma, comme ont pu l'observer un grand nombre de critique, où qu'est-ce que le jeu de CRS sinon un film dont nous sommes les héros, au budget Hollywoodien et donc réservé à l'élite de la société, où l'on s'amuse à briser un à un les tabous, le carcan de la vie du héros pour qu'il redevienne humain.
Mais ce qui fascine dans The Game, c'est le rôle du père de Von Orton. Le choix de débuter le film avec un vieux film de famille n'est pas un hasard. Au delà de l'aspect ludique, il s'agit d'une dépossession, ou comment Von Orton doit tuer le fantôme de son père pour être lui. Les images du générique, Von Orton en costume à l'ombre de son père, portant dans ses bras son jeune frère, prédestine le héros à épouser une destinée de responsabilité. Le scénario appuie la logique, alors que Von Orton a atteint l'âge où son ère s'est suicidé. Mais c'est la mise en scène de Fincher qui en fait un élément plus intéressant, en jouant plus encore la carte de l'emprise, quand on découvre par des photos, des récits, le passé du héros, la prise progressive de pouvoir du père sur son enfant, pour le pousser à refaire le geste, Fincher n'omettant pas, dans le suicide de Von Orton, de caler deux images fortes, clés, Von Orton portant son frère et vivant dans l'ombre de son père. Le résurrection du héros, chancellant, pleurant, comme un nouveau né, joue de ce même principe.
Pour beaucoup, The Game est une anecdote, le moins bon film du réalisateur, le limitant à son statut de thriller, quand il est bien plus. The Game fut certes pour Fincher une aventure ludique, un film qu'il n'a pas porté comme d'autres mais qui conserve les traces de ses préoccupations: la paternité, la quête identitaire, l'oppression urbaine, le jeu, la manipulation cinématographique...On y retrouve son incroyable souci du détail et la base d'un personnage seul, isolé face à ses tourments intérieurs, des éléments qu'on retrouvera dans la seconde partie de la carrière de Fincher. On pourrait même arguer qu'il sert parfaitement de transition entre le thriller Se7en et l'inclassable objet cinématographique qu'il allait livrer ensuite, Fight Club, qui allait tout foutre par terre.
jeudi 16 février 2012
Life and art of David Fincher: les péchés

Quand Arnold Kopelson parle de SE7EN à Fincher, ce dernier entrevoit dans le scénario de l'inconnu Andrew Kevin Walker un moyen de mettre en oeuvre un grand nombre de choses qu'il a du laisser au placard avec Alien3.
Pour imposer son thriller, Fincher prend les devants, fait écrire 10 versions du scénario, la plus sage et acceptable étant celle qu'on retrouvera à l'écran, les neuf suivantes toutes plus horrible les unes que les autres. Les producteurs signent donc pour la version qu'il veut, et ils s'accordent pour elle et elle seule. Fincher obtient son premier accord de réalisateur, a enfin les mains libre.
Le budget est confortable, la maniaquerie fincherienne peut se mettre en place (il fera écrire tous les carnets de John Doe à la main, tous sans exception), il pourra imposer toutes ses idées, impose enfin son ton et sa manière. Une ville sans nom, un tueur nommé John Doe, des crimes rituels, un final apocalyptique, aucune concession.
Pour le casting, il parvient à signer pour le film Morgan Freeman, Brad Pitt, R. Lee Ermey et Gwyneth Paltrow. Pour obtenir Kevin Spacey dans le rôle de Doe, trop cher pour la production déjà en place, Pitt consent à réduire son salaire, persuadé qu'il s'agit là pour lui du projet qui lui fera gagner une autre stature.
Il rassemble autour de lui une équipe technique riche, le décorateur Arthur Max et le chef op Darius Khnondji définissent le caractère esthétique du film, accompagné d'une mise en scène nerveuse, toujours proche des personnages, à l'épaule...
Le film se déroule sous une pluie permanente, maintenant l'effet de huis-clos voulu (et nous ramenant à Alien 3). Le film ouvre rapidement sur un générique qui met en avant le talent de Kyle Cooper, qui grace à ce dernier deviendra LE réalisateur de générique (ce générique qui sera qualifié par le New York Times comme l'un des grandes innovations de design des années 90). On retrouve sur ce générique Trent Reznor (déjà), et les rites de John Doe...
SE7EN sort en 1995, et New Line a peur. Les projections tests ne sont pas bonnes, le film est trop sombre, la femme meurt, tout le monde a perdu, les gens sortent de là tétanisés par tant de violence...
Et pourtant Fincher, qui fait des concessions (la phrase d'Hemingway, pour alléger la sauce, les acteurs sur l'affiche, quand lui ne voulait qu'une porte ouvrant dans les flammes), ne cède rien et c'est lui qui aura raison.
Pour 33 millions de dollars, Se7en (ça s'écrit comme ça) rapporte plus de 100 millions de dollars et se place neuvième parmi les succès de 1995, le film restera quatre semaines consécutives en tête du box office, bénéficiant d'un bouche à oreille impressionnant. Il récoltera le même succès à l'international.

De Fincher, il reste les mêmes éléments d'Alien 3, un attachement à une certaine idée de la société, sombre, tendant vers les extrèmes. On retrouve le fanatisme religieux, le trouble autour du rapport au père, la déconstruction sociale tendant vers l'anonymat...Comme si Alien3 avait été le préquel de Se7en. Aussi, comme si Se7en, vrai premier film de Fincher, reflétait enfin les ambitions du jeune réalisateur, enfin libre.
Des scènes mémorables restent en tête. La visite de l'appartement de John Doe, par exemple, la découverte de ses tiroirs, de ses carnets, la longue visite silencieuse d'un enfer esthétique et humain glace le sang et affiche en quelques minutes les intentions de Fincher, éprouver les contradictions qu'incarne Doe, celle de son pays (et par extention des sociétés occidentales), où se mêlent sexe, drogue, religion, cupidité, morale... En cela, le discours final de John Doe, dans la voiture, long monologue effrayant (narré par un Kevin Spacey possédé) est une diatribe en cela effrayante qu'elle pourrait convaincre, renvoyant chacun à ses propres contradictions, Somerset à sa lâcheté, Mills à sa réactivité punitive fascisante...Comme un miroir tendu à la bonne volonté et la justice, clamant son impureté, ses erreurs...Le cauchemar de Fincher est réel et frappe tout le monde. Le film n'est alors plus un thriller mais une méditation sur l'équilibre du bien et du mal au sein de nos sociétés, sans présenter de réponses, sans affirmer ou justifier.
L'accueil critique globalement positif laisse tout de même quelques séquelles dures à enlever. Fincher reste un réalisateur de "clip", et donc sa réalisation est "clippesque" et le réalisateur semble définitivement attaché à cette image de faiseur d'image gore "faciles"...La critique française, sage, prépare les armes pour la suite des évènements, le roquet devra se taire. Fincher montera sur scène une fois pour Se7en, aux MTV Movie awards, où il reçoit le prix de meilleur film, et dira "On dit de Se7en que c'est un film "MTV"...Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose". Fincher, boudé par les prix classique (une seule petite nomination aux oscars, le scénario, la mise en scène, le montage et surtout la photo étant boudé) préfère afficher sa différence et accepte son statut aux yeux du monde du cinéma. Il faudra attendre Zodiac pour qu'on voit en lui un autre personnage.

Se7en a également mis en place une recette, celle d'un film qui finit mal, à l'esthétique forte, chargée de sadisme, avec une photographie poussant vers le glauque...Cette recette devint avec le film un succès, et c'est avec se7en que la valse des "films de serial killer" se met définitivement en place, chaque réalisateur, chaque studio voulant à terme avoir son Se7en, cette imagerie là, ce final sadique...Fincher, avec son film, ouvrait la porte à un cinéma qui s'est invité pour le meilleur (et aussi trop souvent pour le pire), en salle, déverrouillant de nombreux projets et pas mal de censure.

Avec Se7en, Fincher signait son film clé, celui qui le définirait pendant longtemps. Le film suivant allait essuyer les plâtres de cette montée en puissance...
mardi 31 janvier 2012
Life and Art of David Fincher : l'Alien qui redéfinit l'homme

A l'aube des année 90, Fincher est le clippeur le plus demandé au monde. Ses vidéos l'ont rendu important dans son micro-univers, et l'heure du passage au film est venue pour lui. A l'époque, rare, encore, sont ceux de la pub et du clip qui sont venus au film (on pense à Russel Mulcahy, réalisateur d'Highlander, pionnier du "passage" du clip au film). C'est à ce moment là qu'on lui offre un travail qu'il semble incapable de refuser.
Fincher, pas encore 30 ans, se voit proposer la direction d'Alien 3, suivant les pas de Ridley Scott et James Cameron, deux de ses idoles. Le réalisateur, conquis par l'idée, ne sait pas encore dans quoi il met les pieds.
Alien 3 est passé par mille mains, scénariste (William Gibson, David Twohy), réalisateurs (Renny Harlin, Walter Hill, Vincent Ward), a déjà couté une fortune en préparation à la Fox qui veut un résultat qui comblera les attentes et maintiendra le niveau de vache à lait qu'est pour le studio la franchise.

Fincher arrive en réunion sur le projet et amène des idées fortes, garder l'aspect prison, garder l'aspect religieux, raser la tête de Sigourney Weaver et tuer les survivants du second opus...Le jeune homme déconcerte, il y a dans son travail des parti pris forts. La Fox lui confie le bébé, tout en laissant la vraie direction des opérations aux producteurs.
Fincher, aussi, est déjà le maniaque qu'il allait devenir. Le réalisateur est une forte tête, alors qu'on espère qu'il livrera un film classique d'action, qui fera ses entrées.

Sur le documentaire disponible du film fourni dans l'anthologie Alien en DVD, on peut découvrir les différentes strates du projet, et le cauchemar de Fincher sur le plateau, luttant pour obtenir tout et rien, braquant la caméra du making of sur les producteurs, leur faisant promettre devant caméra de l'argent pour les décors, les effets visuels. Fincher souffre de ne pas pouvoir faire dès ses débuts le grand film de SF qu'il a en tête. Le jeune réalisateur voit dans Alien3 le moyen de signer une fresque immense, un film qui définira sa carrière. Ce sera le cas, mais pas de la manière qu'il entend.
Le tournage d'Alien3 est abrégé, Fincher viré du plateau, une partie du scénario non tourné du fait de dépassements de temps et d'argent. Fincher revient cependant au montage, livre une version, encore trop sombre, qui sera redécoupé par la production. Le réalisateur confessera plus tard qu'au moment du montage les émeutes de Los Angeles ravageait la ville et qu'il fantasmait que les émeutes génèrent un incendie prenant aux archives de la Fox où les négatifs du film étaient entreposés, ne laissant aucune trace du film.
Le film sort l'été 1992, et est un lourd échec, malaimé par la critique US qui a eu vent du tournage en souffrance et qui n'attend pas de le voir pour le détruire en rêgle. En France, le reçu est différent, voir même opposé. Le film de Fincher, même si massacré, demeure l'un des blockbusters les plus sombres et glauques jamais filmés, un film porté par une ambiance et un fond terrifiant. Les cranes rasés, les poursuites, les relations entre les personnages, la mort de Ripley...Tout dans le film sent la mort et l'horreur, et Fincher, même s'il le renie, se fait un nom avec le film auprès des fans de SF et des autres qui rangeront Alien3 à côté des oeuvres de Scott et Cameron sans l'ignorer. Et puis il y a ce plan légendaire...

En rapport au reste de l'œuvre de Fincher, on note l'obsession pour le fanatisme religieux, très présent ailleurs, dans la symbolique esthétique comme dans le fond. On gardera aussi l'idée d'enfermer les héros, les femmes notamment, dans un carcan où elles doivent faire face à elle-même autant qu'aux autres. On notera aussi dans Alien3 un certain rapport à la parenté, dans le rapport maternel de Ripley et les figure paternelles qui l'entourent, Charles Dance (en compagnon de vie) jusqu'à l'Alien lui-même (géniteur, protecteur, jaloux et monstre), rapport au père qui poursuit inlassablement Fincher jusqu'à Benjamin Button. Fincher ose aborder au sein de son film ce qui sera la matrice de ses quatre films suivants, et bien que le film soit amputé, renié par son réalisateur (il refuse encore d'en parler), il n'en demeure pas moins un de ses bébés.
Quant au director's cut, Fincher expliquant, lors de la promo de Panic Room que celui-ci n'existerait jamais du fait de l'interruption du tournage, de nombreuses scènes faisant le tout manquant simplement à l'appel.
De cette expérience, Fincher gardera une trace, ne jamais s'engager sur un film qui ne sera pas totalement le sien, quitte à abandonner des projets, à lâcher prise, à ne pas monter des oeuvres...Fincher financera sa vie avec le clip et la pub. Le cinéma ne vit pas que durant son exploitation en salle, il doit être entièrement selon sa volonté. Du désastre Alien3 nait un homme totalement impliqué, intransigeant, couvrant la totalité de l'oeuvre, sans demander son avis à qui que ce soit.
Il signera pour un budget énorme le Love Is Strong des Rolling Stones, revenant pas la grande porte au clip, avant de retourner au film, par la petite cette fois et un petit film qui deviendra le maître étalon du thriller pendant plus de 10 ans.
samedi 28 janvier 2012
Life and Art of David Fincher - réalisateur de Clips
En 1986, Fincher se joint alors à Steve Golin, Sigurjón Sighvatsson ainsi que Nigel Dick, Greg Gold et Dominic Sena, pour créer Propaganda Films, société de productions qui sera le fournisseur officiel de clips pendant les années 80 jusqu'à la fin des années 90, où la société, filiale de Polygram, accompagnera l'effondrement de Polygram films et son rachat par Universal.
Fincher, sous Propaganda, devient un réalisateur estimé et demandé qui tout en s'adaptant aux demandes des artistes (des années 80 avec le bon gout qu'on leur connaissait), parvient à mettre du siens et à signer quelques perles.
Pour Paula Abdul, il revisite le noir et blanc, et livre un clip majestueux pour Straight up. Puis il rend hommage à Bob Fosse pour Cold Hearted)
Pour Aerosmith, il signe Janie's Got A gun, où il filme la désintégration d'une famille sous le poids d'un secret, d'un mensonge...
Pour Billy Idol, il signe LA Woman, où Los Angeles devient l'enfer sur terre, les cocktails pleins d'insectes, le feu brulant les artères de la ville, et où Idol, diable en chef, navigue entre démons, orgies et religieuses...
Pour George Michael, il signe Freedom, où il filme les tops models de l'époque, et fait, en passant, exploser les symboles du chanteur et tente de fissurer son image . Les murs fuient, les juke-box explosent, le chanteur le clame "there's something deep inside of me, there's someone else I've got to be"... A la fin, une bouilloire est trop chaude pour y poser la main. Le "secret" du chanteur, qu'il ne fera savoir que des années plus tard, transparaissait dans le travail de Fincher, une déclaration avant l'heure... Le clip, par ailleurs, est l'un des plus beaux de Fincher, une oeuvre esthétique extrême, magnifique, troublante.
Pour Sting, il fera "Englishman in New York", revenant au noir et blanc, dans une ville de New York aux airs du Manhattan de Woody Allen, filmant l'écrivain anglais Quentin Crisp, inspiration de la chanson. La mélancolie de New York, dans le noir et blanc, en fait également l'une des oeuvres marquantes de Fincher.
Pour Don Henley, il signe "The end of the Innocence", où il décrit la mort du rêve américain, ruiné par les républicains et les désillusions. Le clip se termine ironiquement dans un champs qui rappelle "l'enfer" du final de Seven, un désert sombre empli de pilonnes électriques...
Pour Michael Jackson, il signe "Who is it?" où le personnage féminin, aux formes multiples, fascine, et où la mise en scène de Fincher va bien au delà de l'illustration, mais cherche à explorer une histoire plus vaste autour. Le film multiplie les effets, questionne, au delà, l'idée d'identité, la peau, le sexe... Sans cesse, raconter, pousser le clip dans ses retranchements. Fincher à l'orée des années 90 semble arriver au terme du carcan du clip.
Pour les Rolling Stones, il signera "Love is Strong", devenu l'un des clips les plus connus, mettant en scène les stones devenus des géants dans New York. Le clip, très reconnu marque la fin de sa carrière de clipper, Fincher n'y revenant qu'occasionnellement pour des "amis" comme Trent Reznor.
Mais on finira par sa plus fameuse collaboration avec Madonna. Il signe 4 clips pour la chanteuse. Le plus cher, Express Yourself, où Fincher recrée pour elle Metropolis de Lang et la redéfinie alors en sex-symbol. Fincher iconisera encore plus la chanteuse avec son clip le plus célèbre, Vogue. Mais ce sont deux autres clips qui marquent leurs collaborations. Le drame familial, le poids de la religion dans Oh Father, la force de la mise en image des souffrances marque. Mais c'est avec Bad Girl, leurs dernières collaboration, que Fincher réussit le miracle. Mettant en scène Christopher Walken en ange et la mort préméditée de la chanteuse, Bad Girl est probablement le clip le plus fort de Fincher, dans son exécution (encore une fois, la maîtrise au service du propos, jamais d'effets en l'air)
Fincher est également un immense réalisateur de publicité, l'autre activité de Propaganda. Pour un nombre impressionnant de marques, il signera des clips comme l'hommage à Blade Runner pour Coca Cola, la célèbre "instant karma" pour Nike etc...
Fincher définit la publicité comme un gagne pain qui lui permet d'expérimenter. Il profite de budgets impressionnants pour tourner des séquences d'une minute. C'est par là qu'il gagne son indépendance financière, et qu'il arrive à refuser des projets, maintenir son niveau d'exigence.
Quelques séquences majeures:
(A 1 min.20 de ce best of de la période propaganda, première apparition d'Angelina Jolie à l'écran...)
(la démonstration de performance capture par Fincher...Ça laisse rêveur)
(pour boucler la boucle, une autre pub contre le cancer)
L'ensemble de travail, dont une bonne partie fut tourner par Fincher entre Panic Room et Zodiac (probablement pour se donner le temps de monter Benjamin Button), montre un éventail incroyable de technique, et de cette capacité à conter, à manipuler l'image pour mettre en avant, non un produit (généralement peu ou par présent dans le clip), mais une idée, une histoire, un message.
Les prouesses de Fincher l'amène vite à être accueilli par les studios pour lui proposer des films. Celui qui retiendra son attention sera le troisième volet de l'un de ses films préférés, Alien. Commence pour Fincher un cauchemar incroyable.
Fincher, sous Propaganda, devient un réalisateur estimé et demandé qui tout en s'adaptant aux demandes des artistes (des années 80 avec le bon gout qu'on leur connaissait), parvient à mettre du siens et à signer quelques perles.
Pour Paula Abdul, il revisite le noir et blanc, et livre un clip majestueux pour Straight up. Puis il rend hommage à Bob Fosse pour Cold Hearted)
Pour Aerosmith, il signe Janie's Got A gun, où il filme la désintégration d'une famille sous le poids d'un secret, d'un mensonge...
Pour Billy Idol, il signe LA Woman, où Los Angeles devient l'enfer sur terre, les cocktails pleins d'insectes, le feu brulant les artères de la ville, et où Idol, diable en chef, navigue entre démons, orgies et religieuses...
Pour George Michael, il signe Freedom, où il filme les tops models de l'époque, et fait, en passant, exploser les symboles du chanteur et tente de fissurer son image . Les murs fuient, les juke-box explosent, le chanteur le clame "there's something deep inside of me, there's someone else I've got to be"... A la fin, une bouilloire est trop chaude pour y poser la main. Le "secret" du chanteur, qu'il ne fera savoir que des années plus tard, transparaissait dans le travail de Fincher, une déclaration avant l'heure... Le clip, par ailleurs, est l'un des plus beaux de Fincher, une oeuvre esthétique extrême, magnifique, troublante.
Pour Sting, il fera "Englishman in New York", revenant au noir et blanc, dans une ville de New York aux airs du Manhattan de Woody Allen, filmant l'écrivain anglais Quentin Crisp, inspiration de la chanson. La mélancolie de New York, dans le noir et blanc, en fait également l'une des oeuvres marquantes de Fincher.
Pour Don Henley, il signe "The end of the Innocence", où il décrit la mort du rêve américain, ruiné par les républicains et les désillusions. Le clip se termine ironiquement dans un champs qui rappelle "l'enfer" du final de Seven, un désert sombre empli de pilonnes électriques...
Pour Michael Jackson, il signe "Who is it?" où le personnage féminin, aux formes multiples, fascine, et où la mise en scène de Fincher va bien au delà de l'illustration, mais cherche à explorer une histoire plus vaste autour. Le film multiplie les effets, questionne, au delà, l'idée d'identité, la peau, le sexe... Sans cesse, raconter, pousser le clip dans ses retranchements. Fincher à l'orée des années 90 semble arriver au terme du carcan du clip.
Pour les Rolling Stones, il signera "Love is Strong", devenu l'un des clips les plus connus, mettant en scène les stones devenus des géants dans New York. Le clip, très reconnu marque la fin de sa carrière de clipper, Fincher n'y revenant qu'occasionnellement pour des "amis" comme Trent Reznor.
Mais on finira par sa plus fameuse collaboration avec Madonna. Il signe 4 clips pour la chanteuse. Le plus cher, Express Yourself, où Fincher recrée pour elle Metropolis de Lang et la redéfinie alors en sex-symbol. Fincher iconisera encore plus la chanteuse avec son clip le plus célèbre, Vogue. Mais ce sont deux autres clips qui marquent leurs collaborations. Le drame familial, le poids de la religion dans Oh Father, la force de la mise en image des souffrances marque. Mais c'est avec Bad Girl, leurs dernières collaboration, que Fincher réussit le miracle. Mettant en scène Christopher Walken en ange et la mort préméditée de la chanteuse, Bad Girl est probablement le clip le plus fort de Fincher, dans son exécution (encore une fois, la maîtrise au service du propos, jamais d'effets en l'air)
Fincher est également un immense réalisateur de publicité, l'autre activité de Propaganda. Pour un nombre impressionnant de marques, il signera des clips comme l'hommage à Blade Runner pour Coca Cola, la célèbre "instant karma" pour Nike etc...
Fincher définit la publicité comme un gagne pain qui lui permet d'expérimenter. Il profite de budgets impressionnants pour tourner des séquences d'une minute. C'est par là qu'il gagne son indépendance financière, et qu'il arrive à refuser des projets, maintenir son niveau d'exigence.
Quelques séquences majeures:
(A 1 min.20 de ce best of de la période propaganda, première apparition d'Angelina Jolie à l'écran...)
Nike Gamebreaker from David Lo on Vimeo.
(la démonstration de performance capture par Fincher...Ça laisse rêveur)
(pour boucler la boucle, une autre pub contre le cancer)
L'ensemble de travail, dont une bonne partie fut tourner par Fincher entre Panic Room et Zodiac (probablement pour se donner le temps de monter Benjamin Button), montre un éventail incroyable de technique, et de cette capacité à conter, à manipuler l'image pour mettre en avant, non un produit (généralement peu ou par présent dans le clip), mais une idée, une histoire, un message.
Les prouesses de Fincher l'amène vite à être accueilli par les studios pour lui proposer des films. Celui qui retiendra son attention sera le troisième volet de l'un de ses films préférés, Alien. Commence pour Fincher un cauchemar incroyable.
jeudi 5 janvier 2012
Life and Art of David Fincher - Naissance d'un artiste

A l'heure où le neuvième opus cinématographique du réalisateur se prépare à envahir les écrans, la presse et les discussions, revenons un instant sur la carrière de celui qu'on considère aujourd'hui comme le plus grand perfectionniste d'Hollywood, et par là même l'un de ces plus grands cinéastes.
Si l'on devait caractériser Fincher et son cinéma, on évoquerait directement la perfection de la mise en scène, le perfectionnisme, l'absence de compromission...
Fincher n'a signé que 9 films, en presque 20 ans. Pourtant Fincher est cinéaste depuis bien plus longtemps, dès le début des années 80. 1984, pour être exact, marque ses débuts à la mise en scène, mais revenons en arrière encore un peu.
L'éducation d'un prodige.
Démarrons à la naissance du monsieur, en 1962. Son père travaille pour la revue Life, sa mère dans un centre de désintoxication. Ses parents, d'après le réalisateur, lui parlent du travail, ne lui cachent rien. Aussi, les professions spécifiques des deux parents préparent le réalisateur au monde de façon plutôt sombre (ou réaliste), et on peut en capter le résultat dans le souci qu'il a de coller à la réalité, qui à tendre vers le sombre, le morbide.
L'enfance de Fincher se résume malgré tout à une vie banlieusarde, paisible, qui ne sera réellement perturbé que lorsqu'un tueur en série menacera de tirer sur les cars de l'école. Cet homme, c'est le Zodiac Killer. De cette peur, qui symbolise pour le réalisateur la fin d'une époque pour la Californie de son enfance (la fin du summer of love), Fincher fera un film, comme pour conjurer une angoisse tapie au fond de lui.
L'autre fait marquant de son enfant, se sont les séances de cinéma avec son père, qui l'emmène très jeune découvrir les chefs d'œuvre de l'époque. Il raconte ainsi s'être retrouvé très jeune devant des films tels que La planète des Singes, Bullitt, 2001, l'odyssée de l'espace ou Butch Cassidy et le Kid. L'anecdote de 2001 veut que Fincher fut fasciné de voir que le film n'avait pas de dialogue pendant une bonne partie du début, et de comprendre le pouvoir de suggestion de l'image. Mais c'est Butch Cassidy et le Kid, de George Roy Hill, cinéaste qui exercera une grande influence sur lui, qui le bouleverse.
A l'époque, jeune, Fincher pensait que le cinéma se faisait rapidement, en direct, les comédiens agissant comme au théâtre. C'est en découvrant le making of, à la télévision, du film de George Roy Hill qu'il prend conscience de l'artillerie nécessaire à l'élaboration d'un film. Fincher attrape le virus.
Jeune, il espionne son voisin, George Lucas, à qui il livre le journal, et qui est alors le jeune réalisateur de THX1138 et d'American Graffiti. Le San Francisco de l'époque était la plaque tournante du nouvel Hollywood (Fief de Coppola) et Fincher, très jeune, se décide : il sera, comme tous ses camarades de classe, réalisateur. Il travaille ici et là sur des petits projets, tourne des films en super8 avec ses copains, et bosse comme projectionniste. Il raconte avoir passé des soirées à diffuser All That Jazz, de Bob Fosse, et y avoir compris l'art du montage, des choix de mise en scène, comme une école de cinéma juste pour lui. (il rendra bien plus tard hommage au film, le temps d'un clip).
A l'orée des années 80, Fincher plante ses études et parvient à se faire embaucher par ILM, la naissante compagnie de George Lucas, justement, spécialisé dans les effets spéciaux. Il travaille alors pour Indiana Jones et le temple maudit, Le retour du Jedi ou encore L'histoire sans fin de Wolfgang Petersen. Il filme des maquettes, et on croise encore son nom au fin fond des génériques. Fincher, alors, soutient mordicus vouloir passer vite de technicien à réalisateur. L'arrivée de MTV et sa demande en clip vidéo, ainsi que l'émergence de la publicité, lui offriront sa chance.

Fincher, en 1984 rassemble ses sous et tourne avec quelques collègues une publicité sur le cancer, pour l'association luttant contre cette maladie (il tournera d'autres spots contre le cancer, notamment pour l'association de la productrice Laura Ziskin).
Voir Smoking Foetus
La vidéo marque les esprits et permet à Fincher de se faire remarquer. Il tourne dans la foulée le documentaire "The Beat of the live drum" (devenu une oeuvre invisible, hélas) en 1985. Fincher devient réalisateur à temps pleins de clips et signe ses premières oeuvres.
Tout se met en place.
jeudi 15 décembre 2011
About a girl (With a dragon tattoo)

Le voilà sous mes yeux, la lumière s'éteint, Fincher, opus 9.
Cette critique comporte énormément de spoilers sur le film, ne la lisez pas si vous souhaitez vous préserver. (vous pouvez, pour un avis, lire uniquement le dernier paragraphe)
On ne s'attardera pas ici sur la mise en scène, sur la photographie, les costumes, sur tout le détail, parce que c'est un Fincher, réalisateur maniaque qui parvient à rendre à l'écran ce qu'il voit. Tout cela est parfait, comme d'habitude. Penchons nous un peu plus sur le sens, l'envie, la valeur ajoutée du film et de Fincher face au livre.
Dès la première image, le film impose un silence, un de ces silences bien à lui, deux vieux parlent d'un objet, une conversation en apparence banale, une obsession qu'ils partagent, bien à eux. Puis le film enchaîne sur un générique furieux, bondien, mettant en image la fureur, les tatouages, les câbles, les ordinateurs, l'univers mental de Lisbeth, tandis que résonnent les paroles d'Immigrant Song.
L'an dernier, en apprenant le choix de Fincher de filmer la nouvelle adaptation du roman de Stieg Larsson, j'étais étonné et déconcerté. Puis, à la lecture de l'opus, j'avais entrevu dans le roman des éléments qui faisaient le lien entre ce best-seller suédois et l’œuvre en 7 films (alors) du cinéaste, mais également des actes manqués de l'artiste, comme son adaptation longue du Dahlia Noir d'Ellroy...
J'ai retranscrit tout cela dans ce texte pour filmdeculte. Invité à voir le film en avant première, j'ai eu la possibilité de confirmer tout cela, et bien plus. Millenium ne ressemble à aucun Fincher, et en même temps, on y rencontre sans arrêt les fantômes de ses précédents films. Commande de studio plus que film personnel (j'aime le terme de réappropriation), il condense et rapproche les cinémas de Fincher. Comme sur notre début, deux forces antagonistes s'opposent pour mieux se compléter, d'une part le féroce et violent réalisateur des débuts, et d'autre part le cinéaste assagi d'aujourd'hui.
Fincher a tourné avec Millenium des rencontres...

Celle de Michael Blomkvist et Lisbeth Salander. Lui est un homme solide, posé, fort, qui se retrouve soudain perdu et qui décide de s'isoler, non pas pour abandonner, mais pour rebondir, se refaire, redevenir pour lui cette figure solide qu'il affiche aux autres. Elle est un animal blessé qui a appris à se battre pour survivre, malgré les obstacles, le passé, la violence des hommes, son corps frêle, avec pour seule arme son intelligence et son tempérament, cette rage intérieure. La rencontre de ces deux personnages fait écho à celle des deux faces du cinéaste.
Face à Lisbeth menaçante, filmée en contre-plongée, hurlant sa folie à l'homme qu'elle torture, on repense à Tyler Durden. Face à Michael Blomkvist travaillant sur des photos sur son ordinateur, mettant le doigt sur un élément invisible aux autres, on revoit Robert Graysmith décryptant les œuvres du Zodiac.
Le film est ainsi au début, mêlant en alternance le quotidien de Lisbeth (sans attache, victime, puis vengeresse), et l'enquête de Blomkvist qui piétine. Fincher rompt d'ailleurs avec le livre en entrecroisant leurs parcours, pour mieux faire sentir leurs différences et pour mieux les rapprocher, là où Larsson séparait les deux héros de façon plus franche. Cette rupture déconcerte, mais fait sens. Fincher n'omet jamais, d'ailleurs, d'inscrire son récit dans l'ensemble de l’œuvre de Larsson, subrepticement, comme pour entourer ses héros de ceux qui les définissent, pour mieux accentuer le force de la rencontre, définir ce qui séduira Lisbeth, ce qui fascinera Michael. Cette rencontre, c'est le cœur de ce premier volet, le pourquoi du reste. C'est une histoire improbable, impossible, celle de deux versions d'un même modèle, du héros Fincherien en quête de sens...

Millenium, c'est aussi la rencontre des deux héros avec un pays, une histoire, incarné par la famille Vanger. Un premier choc (avant la suite des évènements) pour mieux cerner ce qui est le cœur de l’œuvre du journaliste Larsson, qui a sûrement fasciné le cinéaste. Tout ce qui est pourri au cœur de l'histoire d'un pays. "Il n'y a pas d'innocents, il y a cependant des degrés de responsabilité." disait Larsson.
Deux instants du film illustrent le propos. La première, anecdotique, montre les réticences de l'avocat des Vanger à ouvrir les archives familiales à Lisbeth et Michael, prétextant qu'en 180 années d'activité, il y avait énormément de choses à cacher. La seconde, probablement l'une des plus belles scènes du film, voit Blomkvist rencontrer le frère d'Henrik, ancien nazi, qui vit dans les vestiges de sa gloire passée sous l'uniforme. C'est dans cet instant plus qu'ailleurs que l'on voit soudain, le temps d'une scène, s'étaler la haine viscérale et la rancoeur face au reniement de l'histoire du pays, ses erreurs...Ou comment la Suède vit avec son passé, remué une nouvelle fois par l'électrochoc qu'incarnent les deux héros à leurs manières. En cela, la fuite d'Harriet, au cœur du film, comme le sous-sol de Martin, traduisent deux possibles, celle qui fuit la figure du passé (le père) et celui qui reste, hanté par ses fantômes (on pense ici aux deux frères Von Orton de The Game).
L'enquête participe également de cet affrontement avec le passé. En creusant le passé de l'entreprise Vanger, Larsson retranscrit l'horreur d'une façon de considérer le monde, le rapport des puissants à l'autre. En cela, la longue scène avec Martin Vanger est un véritable prodige, porté par Stellan Skarsgard, magnifique monstre qui en une séquence parvient à construire ce genre de personnage que Fincher capture avec tant de maestria, comme l'entretien avec John Doe dans la voiture de Se7en ou la rencontre avec Arthur Leigh Allen dans Zodiac. Un certain regard sur le mal, sur son existence, sa justification, son horreur froide...

On prend également conscience de cette rencontre par l'irruption de la musique de Trent Reznor et Atticus Ross dans le film, l'un des éléments clés du film. Omniprésente, son apport est ici considérable. Elle parait dissonante au début du film, avec son agressivité électro au milieu de ce lieu enneigé et calme, comme pour nous rappeler les paroles d'immigrant song "How soft your fields so green can whisper tales of gore" du générique de début, comme pour signifier l'ambition de déterrer, d'amener l'intrus dans la solennité. Et de cette dissonance émerge un nouveau rythme, comme si le film s'y pliait, comme si le contraste nous apparaissait également à l'écran, en découvrant ce qui se cache sous la neige..."What is hidden in the snow, comes forth in the thaw".

Et derrière les meurtres, derrière l'horreur, il y a ce titre, "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes". On sent ce qui fascine Fincher lors de la scène finale: Lisbeth. C'est vers elle qu'il revient. Il n'est pas question de guerre des sexes, mais de dresser un portrait, celui d'une femme. Rare sont les femmes chez Fincher. Pourtant, de Ripley à Meg Altman dans Panic Room, elles sont très proches : entourées d'hommes, enfermées, et pourtant luttant jusqu'au bout pour s'affirmer, sans renier leurs féminité, en la préservant à tout prix, même sous le masque. Lisbeth est de ces femmes-là. Incarné par Rooney Mara, elle est aussi vibrante et fabuleuse que dans le livre, regard acéré, faiblesses, forces, haine et peur. On sent l'amour de Fincher pour Lisbeth, un regard avec cette forme de compassion qui lui est propre, jamais facile, jamais larmoyante, mais qui parvient à remuer. Button, son incapacité sociale, son "handicap", la conscience de ses limites, est presque le personnage de Fincher le plus proche du cœur de Lisbeth, ce que Fincher a placé en elle. La fin (et la reprise d'Is your love strong enough) me hante, un peu comme celle de Benjamin Button en son temps. Une fin à la fois ouverte et qui dans le même temps, conclut parfaitement le tout. Un de ces finals qui terrasse, comme Fincher sait si bien les faire.
Pour conclure, l'opus 9 de Fincher est un peu comme le livre qu'il adapte. Difficile à attaquer, ne se donne pas facilement, traîne sur la fin, mais dont on ne peut détacher les yeux, qui se révèle fascinant. Fincher livre un film imparfait, peut-être trop indigeste...mais qui contient des instants, des détails, qui le singularisent, en font un film atypique, fort dans ce qu'il possède. A défaut d'être un accomplissement parfait, comme son précédent film, Millenium est de ces œuvres qui vieillissent bien pour certains comme elles sont oubliées par les autres.
J'ai un faible pour ce genre de films.
vendredi 2 décembre 2011
En attendant Janvier
Sur Itunes, on peut acheter le morceau de Karen O, Immigrant Song, reprise de Led Zeppelin, signé Reznor et Ross pour la BO de The Girl with the Dragon Tattoo

Message de Reznor: For the last fourteen months Atticus and I have been hard at work on David Fincher’s “The Girl With The Dragon Tattoo”. We laughed, we cried, we lost our minds and in the process made some of the most beautiful and disturbing music of our careers. The result is a sprawling three-hour opus that I am happy to announce is available for pre-order right now for as low as $11.99. The full release will be available in one week - December 9th.
Trois heures de musique, 6 disques, deux reprises...Folie de BO, qui trônera dignement aux côté de celle de Social Network, récompensé aux Oscars l'an passé (et monstre de BO déjà dans les platines de tous les monteurs dignes de ce nom).
Sinon, pour parler un peu du film, je compte entamer bientôt une semaine Fincher (probablement à la sortie du film), avec un très long portrait du réalisateur et de ses films.
En attendant, il y a deux très très bons articles à lire: le premier est signé Wired et le second provient de l'excellent blog Fincherfanatic. D'excellentes lectures, pour le coup, parmi les portraits assez banals de la concurrence. Le premier revient pas mal sur les débuts de Fincher, le second est une interview uncut de Fincher, un régal qui montre la précision, l'acharnement et le génie du réalisateur.
Dragon Tattoo a été vu par les jurys des prix de la critique New-York et du National Board of Review. Si le premier n'a remis aucun prix au film (même si des avis très très positifs sont ressortis anonymement de la projection, Sony menant un blocus sur le film pour entretenir le mystère), le second a vu le film de Fincher se classer parmi les 10 meilleurs films de l'année et Rooney Mara récompenser par le prix du meilleur espoir.
Tout ça sent très bon. Et si les chances de voir Fincher grapiller quoi que ce soit sont un peu légères (et il s'en fout, comme il le clame partout), on peut déjà se rassurer avec ça.
Allez, pour le plaisir:

Message de Reznor: For the last fourteen months Atticus and I have been hard at work on David Fincher’s “The Girl With The Dragon Tattoo”. We laughed, we cried, we lost our minds and in the process made some of the most beautiful and disturbing music of our careers. The result is a sprawling three-hour opus that I am happy to announce is available for pre-order right now for as low as $11.99. The full release will be available in one week - December 9th.
Trois heures de musique, 6 disques, deux reprises...Folie de BO, qui trônera dignement aux côté de celle de Social Network, récompensé aux Oscars l'an passé (et monstre de BO déjà dans les platines de tous les monteurs dignes de ce nom).
Sinon, pour parler un peu du film, je compte entamer bientôt une semaine Fincher (probablement à la sortie du film), avec un très long portrait du réalisateur et de ses films.
En attendant, il y a deux très très bons articles à lire: le premier est signé Wired et le second provient de l'excellent blog Fincherfanatic. D'excellentes lectures, pour le coup, parmi les portraits assez banals de la concurrence. Le premier revient pas mal sur les débuts de Fincher, le second est une interview uncut de Fincher, un régal qui montre la précision, l'acharnement et le génie du réalisateur.
Dragon Tattoo a été vu par les jurys des prix de la critique New-York et du National Board of Review. Si le premier n'a remis aucun prix au film (même si des avis très très positifs sont ressortis anonymement de la projection, Sony menant un blocus sur le film pour entretenir le mystère), le second a vu le film de Fincher se classer parmi les 10 meilleurs films de l'année et Rooney Mara récompenser par le prix du meilleur espoir.
Tout ça sent très bon. Et si les chances de voir Fincher grapiller quoi que ce soit sont un peu légères (et il s'en fout, comme il le clame partout), on peut déjà se rassurer avec ça.
Allez, pour le plaisir:
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